18.08.2008
Des fins
Je veux pas finir comme Odette.
Odette c’était une chef d’entreprise à la poigne de fer avec une cinquantaine de machos à ses ordres.
Je me souviens qu’Odette avait une sacrée classe et ne sortait jamais sans son rouge à lèvre.
Quand on a été la voir dans sa maison de retraite des années après, on a surpris les infirmières s’amusant à lui faire des couettes « pour qu’elle soit toute jolie la mémé ha ha ha !».
Odette avait perdu l’usage de la parole et de sa motricité mais pas sa tête vu le regard révulsé qu’elle nous avait adressé…
Je veux pas finir comme Jeanne.
Jeanne était très grande et très belle. Elle voulait « faire chanteuse ». Mais on lui a collé un comptable dans ses immenses jambes « parce que c’est mieux comme avenir ».
Résultat elle s’est mariée de force avec cet avorton hypocondriaque qui affectionnait plus les pilules que l’art de l’érotisme.
Ils ont fini leur vie chacun à un étage de leur maison. Sans se parler et sans trouver le courage de divorcer.
Jeanne a été retrouvée par son mari, une journée après s’être fracassée la tête sur un bidet, un gant de toilette entre les cuisses.
Je veux pas finir comme Marcelle.
Elle a attendu toute sa vie d’être mise dans une résidence sélecte pour personnes âgées histoire de fuir son balourd de mari.
Le balourd en question l’a rejointe trois mois après.
Alors qu’elle était enfin épanouie, elle s’est fanée et est morte quelques temps après.
Mon père a annoncé la mort de Marcelle à son mari un Mardi gras ( !).
Il avait un chapeau coloré avec un élastique et ses mots ont été « ha…pauv’ Marcelle ».
Je veux pas finir comme Michel.
Michel était marié avec une capricieuse finie.
Michel a eu une maladie dégénérescente assez rare.
Il était devenu une sorte de légume mais le cerveau n’était pas spécialement touché.
Comme elle ne retrouvait plus en lui l’homme qui l’avait accompagnée toutes ces années, sa femme l’a placé en maison médicalisée.
Manque de bol, Michel a bénéficié d’un « éveil » miraculeux.
Ses facultés lui sont revenues d’un coup. Il a pu rentrer chez lui.
Un éveil éphémère juste pour se rendre compte que sa femme avait vendu toutes ses affaires.
Avant que l’ « éveil » ne retombe comme un soufflet il lui a dit « Ma Zette, tu m’aimes plus ? ».
Il est mort seul à l’hôpital peu après.
Je veux pas finir comme mon papy.
Ma grand mère à son chevet m’avait dit qu’elle était « heureuse d’avoir vécu avec un homme avec qui la compréhension était totale ».
Mon grand-père est mort avec un masque à oxygène. Personne n’a eu la présence d’esprit de lui enlever.
Il a regardé ma mamie et lui a dit « Xychichrtruchi…rwcgistru ».
Ce fut ses dernier mots.
17:49 Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : vieux, mort, hopital, ironie


